CEDF et AEDF : ce que la pénurie de techniciens d’équipement lourd révèle pour l’automobile
Le rapport 2026 sur les concessionnaires de machinerie agricole et de construction offre des pistes de réflexion pour les employeurs automobiles, sans être transposable tel quel.
2hr Technology — Équipe éditoriale
Équipe éditoriale

Un atelier peut avoir les équipements, les clients et les travaux à réaliser, mais manquer de personnel pour les prendre en charge. Le rapport 2026 de la CEDF et de l’AEDF examine cette difficulté chez les concessionnaires canadiens de machinerie agricole et d’équipement de construction. Pour le secteur automobile, il offre des pistes de réflexion, sans constituer un portrait directement transposable. Selon Randall Reilly, qui a réalisé l’étude, le recrutement et la rétention freinent désormais la capacité de ces entreprises à répondre à la demande. (randallreilly.com)
Une enquête ciblée, pas un recensement de l’automobile
La Canada Equipment Dealers Foundation, ou CEDF, et l’Associated Equipment Distributors Foundation, ou AEDF, ont confié cette recherche à Randall Reilly. Le rapport porte la date de juillet 2026; son lancement a été annoncé le 18 septembre 2026 dans le magazine de la North American Equipment Dealers Association. Son périmètre principal est bien celui des concessionnaires d’équipement agricole et de construction. (equipmentdealermagazine.com)
La méthodologie décrit une collecte menée de janvier à mars 2026. Du côté canadien, 46 réponses ont été ramenées à 40 dossiers d’entreprise après dédoublonnage et regroupement. Il s’agit donc d’une enquête sectorielle, accompagnée d’entrevues, et non d’un recensement exhaustif. Aucun résultat distinct publié dans le rapport ne permet de mesurer précisément la situation québécoise. (aedfoundation.org)
Cette distinction compte pour les employeurs automobiles : une difficulté de recrutement observée dans la machinerie ne permet pas, à elle seule, de quantifier les besoins des garages automobiles.
Des besoins d’embauche à distinguer des postes vacants
Le rapport reprend une projection de 26 500 ouvertures d’emploi en mécanique d’équipement lourd pour 2024 à 2033, tous secteurs confondus. Ce total comprend les remplacements et la création d’emplois : il ne représente pas 26 500 postes actuellement vacants. Pour les seuls concessionnaires agricoles et de construction, les auteurs estiment les besoins annuels à 1 263 techniciens, en combinant remplacement et objectifs de croissance sur trois ans. (aedfoundation.org)
L’impact financier annoncé atteint 803 millions de dollars canadiens par année en revenus de service et de pièces perdus. Selon la méthode de Randall Reilly, cette estimation repose sur des hypothèses de facturation et de ventes associées aux postes non pourvus. C’est une modélisation du manque à gagner, pas un relevé comptable des pertes ni une estimation du bénéfice net perdu. (randallreilly.com)
Les réponses des concessionnaires illustrent néanmoins une pression opérationnelle concrète. D’après le communiqué de lancement de septembre 2026, 78 % des répondants disent ne pas pouvoir satisfaire la demande faute de techniciens, 62 % indiquent que la pénurie freine leur croissance et 25 % signalent des postes restant vacants plus de 150 jours. Ces proportions décrivent les entreprises répondantes, pas l’ensemble des ateliers canadiens. (equipmentdealermagazine.com)
Un risque national qui n’efface pas les réalités locales
Les projections fédérales appuient le diagnostic d’une tension durable. Emploi et Développement social Canada a commencé à publier ses nouvelles prévisions le 30 octobre 2026. Pour les mécaniciens d’équipement lourd, le Système de projection des professions au Canada indique un risque important de pénurie pour 2026 à 2035. Cet horizon actualisé doit être distingué de celui de 2024 à 2033 utilisé dans le rapport CEDF-AEDF. (occupations.esdc.gc.ca)
À plus court terme, le portrait québécois est toutefois moins tranché. Guichet-Emplois classe les perspectives des mécaniciens d’équipement lourd comme modérées au Québec pour 2025 à 2027. L’organisme prévoit des possibilités liées à la croissance et aux retraites, tout en soulignant la présence de travailleurs expérimentés à la recherche d’un emploi. Une pénurie nationale projetée ne signifie donc pas que chaque employeur, dans chaque région, éprouve la même difficulté. (guichetemplois.gc.ca)
Pour recruter, mieux vaut ainsi partir du métier exact, du bassin régional et des compétences recherchées que d’une affirmation générale selon laquelle « il manque des mécaniciens partout ».
Au Québec, les repères salariaux automobiles
La rémunération mérite le même souci de précision. Les estimations salariales de Canada Motor Jobs pour 2025, fondées sur des conventions collectives syndicales et les statistiques de sa plateforme d’emploi, servent de repères par métier, région et expérience : ce ne sont ni des moyennes officiellement observées ni des revenus garantis.
Pour un mécanicien compagnon comptant trois à cinq ans d’expérience, les fourchettes annuelles suivantes s’appliquent, en dollars canadiens bruts :
| Région | Estimation salariale annuelle 2025 |
|---|---|
| Grande région de Montréal | 83 000 – 86 000 $ |
| Grande région de Québec | 78 020 – 80 840 $ |
| Laurentides-Lanaudière | 78 020 – 80 840 $ |
| Gatineau / Outaouais | 76 360 – 79 120 $ |
| Sherbrooke / Estrie | 73 870 – 76 540 $ |
| Drummondville / Centre-du-Québec | 73 040 – 75 680 $ |
| Trois-Rivières / Mauricie | 72 210 – 74 820 $ |
| Victoriaville / Bois-Francs | 70 550 – 73 100 $ |
L’expérience change aussi le point de comparaison. Dans la grande région de Montréal, ces estimations vont de 74 000 à 79 000 $ pour un compagnon ayant un à deux ans d’expérience, puis de 89 000 à 91 000 $ à six ans et plus.
Pour un apprenti montréalais, les repères de 2025 sont plutôt de 50 000 à 54 000 $ à un ou deux ans, et de 58 000 à 62 000 $ à trois à cinq ans.
Ces grilles concernent le département du service automobile. Elles ne doivent pas être présentées comme les salaires des techniciens de machinerie agricole ou d’équipement de construction étudiés par la CEDF et l’AEDF.
Former et fidéliser plutôt que seulement afficher
Les concessionnaires interrogés envisagent notamment d’élargir l’apprentissage en milieu de travail et de renforcer les aides aux employeurs qui forment des techniciens. Selon leur communiqué de septembre 2026, 72 % des répondants prévoyaient augmenter la rémunération pendant l’année 2026. Il s’agit d’intentions déclarées, non d’augmentations dont la réalisation aurait été vérifiée. (equipmentdealermagazine.com)
Le renouvellement de la main-d’œuvre n’est cependant pas immobile. Selon Statistique Canada, le Canada a enregistré 101 541 nouvelles inscriptions en apprentissage en 2024, tous métiers confondus. Dans le groupe des mécaniciens d’équipement lourd, le nombre de certifications de 2024 dépassait de 41,5 % celui de 2019. Cette progression nuance l’idée d’une relève qui aurait simplement disparu, sans démontrer que les besoins sont comblés. (www150.statcan.gc.ca)
Former demande aussi du temps. En Ontario, le parcours décrit par Métiers spécialisés Ontario pour le technicien d’équipement lourd comprend généralement 7 000 heures, dont 6 280 heures en milieu de travail et 720 heures en classe. Ces exigences provinciales illustrent pourquoi l’embauche d’un apprenti ne remplace pas immédiatement celle d’un technicien expérimenté. (skilledtradesontario.ca)
Pour un atelier automobile, la traduction pratique pourrait être simple : nommer un mentor, réserver du temps à la formation et expliquer la progression salariale dès l’embauche. Au candidat, on peut recommander de demander qui l’accompagnera, quelles compétences seront évaluées et comment son avancement sera reconnu.
Conclusion
Le rapport CEDF-AEDF invite à traiter le recrutement comme une question de capacité de service, pas seulement de visibilité des postes. Pour les employeurs automobiles, la piste à retenir est moins de reprendre ses chiffres que de préciser leur propre proposition : rémunération lisible, apprentissage organisé et progression crédible. C’est aussi sur ces points qu’un candidat peut évaluer son prochain atelier.